L'analyse du match
Par Rémy · Publié le 12 juin 2026 à 11:28
L’Angleterre face au défi croate !
Le Groupe L de cette Coupe du Monde 2026 livre son premier rendez-vous européen mercredi 17 juin sur la pelouse de l’AT&T Stadium d’Arlington, l’un des écrins les plus modernes du Texas, où l’Angleterre et la Croatie se retrouvent pour leur entrée en lice. Dans une compétition élargie à quarante-huit nations, les deux premiers de chaque poule et les huit meilleurs troisièmes filent en seizièmes de finale : autant dire qu’aucune des deux sélections ne peut se permettre de manquer son ouverture face à un rival direct, le Ghana et le Panama complétant le tableau du groupe.
L’enjeu est limpide. Les Three Lions arrivent au Mondial avec le statut de quatrième nation au classement FIFA et une demande pressante de leur public, après une finale d’Euro 2024 perdue contre l’Espagne, deuxième désillusion européenne consécutive après celle de 2021 face à l’Italie. Côté croate, c’est presque une dernière danse : la génération née autour de Luka Modric, finaliste mondiale en 2018, troisième en 2022 puis éliminée dès la phase de poules à l’Euro 2024, sait que le sablier tourne et qu’un mauvais départ refermerait sans doute la dernière fenêtre.
Sur le papier, le rapport de force penche du côté anglais. Thomas Tuchel a pris les rênes des partenaires de Harry Kane au tout début de l’année 2025 pour rebâtir une sélection qui frustre depuis trop longtemps son public, sans titre majeur depuis 1966. La qualification s’est déroulée sans alerte particulière dans une poule UEFA accessible, et le sélectionneur allemand a profité des fenêtres internationales pour roder un bloc plus compact, davantage tourné vers la possession verticale que la possession stérile. Le 4-2-3-1 reste l’ossature de référence, avec une ligne de récupération hiérarchisée et des couloirs animés par des ailiers tranchants.
Le réservoir offensif a de quoi inquiéter n’importe quelle défense. Jude Bellingham, qui boucle une nouvelle saison pleine au Real Madrid, est attendu en première ligne créative ; Phil Foden, Bukayo Saka, Cole Palmer ou Anthony Gordon dessinent une rotation ailière dont peu de nations disposent. Devant, Harry Kane reste le tueur attitré, intraitable depuis son installation en Bavière et meilleur buteur de l’histoire de la sélection. Mais c’est peut-être au milieu, autour de Declan Rice, que les Three Lions ont le plus progressé : un récupérateur capable de couvrir des espaces immenses, atout précieux pour une équipe qui souffrira de la chaleur texane.
Car la pelouse de l’AT&T Stadium pique, même sous le toit fermé : la climatisation aide, l’humidité non, et les jambes lourdes guettent dès la mi-juin. C’est un détail qui peut peser dans un match où les deux équipes voudront contrôler le temps fort. Tuchel a d’ailleurs choisi le Kansas comme camp de base, à Prairie Village, pour acclimater son groupe à la chaleur estivale du centre des États-Unis.
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Face à eux, la Croatie de Zlatko Dalic avance avec un savoir-faire éprouvé. Onzième nation au classement FIFA, les hommes du sélectionneur ont arraché leur billet pour l’Amérique du Nord en faisant ce qu’ils savent faire de mieux : tenir le ballon au milieu, étouffer le rythme adverse et frapper sur la transition. Luka Modric, désormais milanais après vingt-deux années cumulées au Real Madrid, conduit toujours l’orchestre. À ses côtés, Mateo Kovacic et la nouvelle génération formée par les milieux de Zagreb et de Salzbourg doivent prendre le relais d’un entrejeu réputé pour son intelligence collective.
Le secteur défensif, longtemps perfectible, a gagné en sérénité grâce à Josko Gvardiol, devenu une référence mondiale dans son couloir gauche au sein de Manchester City. Devant, Andrej Kramaric et Bruno Petkovic forment un duo expérimenté, mais ce n’est pas par les buts que la Croatie inquiète le plus. Sa force, c’est son aptitude à transformer des moments creux en occasions nettes, fruit d’une mémoire collective unique forgée en deux Mondiaux d’affilée dans les quatre derniers du tournoi.
L’historique direct fait pourtant remonter quelques fantômes pour les Anglais. À Moscou, en demi-finale du Mondial 2018, les « Vatreni » avaient renversé une Angleterre tout proche d’une finale (2-1 après prolongation, buts d’Ivan Perisic et Mario Mandzukic). Trois ans plus tard, à Wembley, lors de l’Euro 2020, les Three Lions avaient pris leur revanche sur la plus petite des marges grâce à Raheem Sterling (1-0). Une rivalité courte mais intense, marquée par des matchs serrés et des duels de milieu disputés au centimètre.
Le contexte du tournoi pousse les deux équipes à l’efficacité plus qu’à la démonstration. Aucune ne voudra prendre un risque inconsidéré dès la première sortie, sachant qu’un succès ouvre presque grand la porte des seizièmes de finale et qu’un nul n’est jamais catastrophique dans un format élargi qui qualifie aussi les meilleurs troisièmes. Rentrer dans le match par les duels, ne pas lâcher le ballon trop vite, contrôler les espaces dans le dos des latéraux : voilà le triptyque qui dictera probablement les vingt premières minutes.
Pour la suite, le calendrier oriente les choix. L’Angleterre enchaînera contre le Ghana six jours plus tard à Foxborough avant de boucler sa poule contre le Panama à East Rutherford. La Croatie, elle, défiera le Panama puis le Ghana à Toronto et Philadelphie. Pas le droit à l’erreur d’entrée, donc, sous peine de se retrouver à courir après un classement de meilleur troisième, scénario que ni Tuchel ni Dalic ne souhaitent aborder.
Reste alors la question qui hante les nuits texanes : la jeunesse anglaise saura-t-elle dompter une Croatie qui n’a peut-être plus grand-chose à perdre, mais qui sait mieux que personne saisir un instant ?
M6