L'analyse du match
Par Rémy · Publié le 29 juin 2026 à 08:54
Petkovic face à son passé !
Il est de ces affiches que le tirage au sort écrit comme un scénario. Ce vendredi 3 juillet, au petit matin pour l’Europe, la Suisse et l’Algérie se retrouvent à BC Place, à Vancouver, pour un 16e de finale de cette Coupe du Monde 2026. Et au centre de tout, il y a un homme : Vladimir Petkovic. Le Tessinois, qui a dirigé la Nati pendant sept ans, se dresse désormais sur le banc adverse, à la tête des Fennecs qu’il a prolongés jusqu’en 2028 à quelques jours seulement du coup d’envoi du tournoi. Difficile d’imaginer mise en scène plus piquante pour un match à élimination directe.
Pour l’Algérie, l’enjeu dépasse le simple cadre d’un huitième. Les Verts n’ont franchi qu’une seule fois dans leur histoire le cap du premier tour, en 2014 au Brésil, où ils avaient poussé l’Allemagne future championne du monde jusqu’à la prolongation avant de s’incliner 2-1. En 1982 comme en 1986, ils étaient restés au bord du chemin, le souvenir amer de Gijón encore en travers de la gorge. Atteindre les quarts de finale serait donc un sommet inédit, un morceau d’histoire pour tout un pays qui suit cette équipe avec une ferveur rare.
La Suisse, elle, avance avec la régularité tranquille d’une nation installée dans la cour des habitués. Terminée en tête du groupe B avec sept points, la sélection de Murat Yakin a déroulé un parcours solide : un nul 1-1 face au Qatar pour entrer dans le tournoi, puis une démonstration 4-1 contre la Bosnie-Herzégovine et enfin une victoire de référence 2-1 sur le sol canadien lors de la dernière journée. Quatrième qualification en huitièmes sur ses cinq dernières Coupes du Monde : les Helvètes ne tremblent plus à ce stade de la compétition.
La grande satisfaction suisse de ce premier tour porte un nom que peu connaissaient il y a un mois : Johan Manzambi. Le jeune milieu offensif a inscrit trois buts en phase de groupes, dont un doublé face à la Bosnie et le but de la délivrance contre le Canada, lancé par une superbe percée de Breel Embolo. Autour de lui, l’ossature reste celle que l’on connaît : Granit Xhaka en chef d’orchestre au milieu, Manuel Akanji pour verrouiller l’arrière-garde, Ruben Vargas pour le danger sur les ailes. Embolo, lui, a ouvert son compteur sur penalty contre le Qatar et pesé sur chaque sortie offensive. Cette Nati-là ne brille pas par l’esbroufe, mais elle contrôle le temps fort et sait rentrer dans un match par les duels.
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En face, l’Algérie s’est extraite d’un groupe J redoutable, partagé avec l’Argentine championne en titre, l’Autriche et la Jordanie. Les hommes de Petkovic ont lancé leur tournoi par une victoire 3-1 sur la Jordanie, avant de tomber logiquement 0-2 face à l’Albiceleste. Tout s’est joué lors d’une dernière journée électrique : un nul 3-3 arraché contre l’Autriche, à la fois symbolique au regard du contentieux historique entre les deux nations, et suffisant pour valider le billet pour les 16es. Une qualification dans la douleur, mais une qualification quand même, la deuxième seulement dans l’histoire des Fennecs après celle de 2014.
Le visage de cette Algérie reste très offensif. Riyad Mahrez, le capitaine, demeure le métronome créatif, capable d’allumer une rencontre d’un coup de patte sur son côté droit ou dans l’axe. Amine Gouiri, mobile et tueur dans la surface, incarne le point de fixation devant, tandis qu’Houssem Aouar et le jeune Ibrahim Maza apportent la conduite de balle entre les lignes. Le bloc algérien, taillé pour le jeu de transition, peut faire très mal sur les espaces qu’une défense suisse, parfois lente à coulisser, pourrait concéder. La clé sera dans l’animation du milieu : privés d’Ismaël Bennacer, non convoqué pour ce tournoi, les Verts s’appuient sur l’abattage de Nabil Bentaleb et la fraîcheur de leurs jeunes pour ne pas laisser Xhaka contrôler le tempo.
Côté infirmerie, Petkovic devra composer sans la pleine certitude autour de Mohamed Amoura, dans le groupe mais gêné physiquement, ce qui pourrait limiter ses options offensives en cours de match. La Suisse, de son côté, se présente quasiment au complet, seule l’incertitude autour du défenseur Miro Muheim planant sur la feuille de match. Deux effectifs globalement disponibles, donc, pour un duel qui se jouera autant sur les nerfs que sur le talent à cette heure si matinale.
Sur le plan tactique, l’opposition de styles est alléchante. La Suisse aime poser son 4-2-3-1, garder le ballon et user l’adversaire dans la durée, quitte à manquer parfois de tranchant dans le dernier geste. L’Algérie, elle, est plus joueuse, plus portée vers l’avant, mais aussi plus friable défensivement quand elle se découvre : trois buts encaissés contre l’Autriche en disent long sur sa propension à vivre dangereusement. Petkovic connaît par cœur les forces et les automatismes de son ancienne équipe, un avantage psychologique non négligeable. Reste à voir si ses joueurs sauront traduire cette lecture sur le terrain.
Le match aller d’une telle affiche n’existe pas : les deux nations ne se sont plus affrontées en compétition depuis quarante ans, leurs seuls duels remontant à deux amicaux des années 1980, remportés par la Suisse. Autant dire que tout reste à écrire, et qu’aucune référence récente ne viendra peser sur la pelouse de Vancouver. En élimination directe, il faudra de toute façon aller au bout : en cas de nul au terme du temps réglementaire, prolongations puis éventuelle séance de tirs au but trancheront, exercice où le sang-froid suisse a souvent fait des merveilles.
Au moment de trancher, l’équilibre penche légèrement du côté helvète. La Suisse a l’expérience de ces rendez-vous, la solidité collective et un Manzambi en pleine confiance pour faire la différence. L’Algérie a le talent, la ferveur et un sélectionneur qui connaît l’adversaire mieux que personne, mais sa fragilité défensive pourrait lui coûter cher face à une équipe aussi disciplinée. La préférence va donc à une qualification suisse, sans exclure qu’il faille passer par les prolongations pour départager ces deux sélections. Petkovic battra-t-il l’équipe de sa vie ?
M6