L'analyse du match
Par Rémy · Publié le 9 juillet 2026 à 10:01
Il flotte comme un parfum d’inédit au-dessus du Hard Rock Stadium de Miami. Ce samedi 11 juillet 2026, à 23h00 (heure de Paris), la Norvège et l’Angleterre se disputent un quart de finale de Coupe du Monde, et rien que cette phrase suffit à mesurer le chemin parcouru par les hommes de Ståle Solbakken : jamais, dans toute son histoire, la sélection scandinave n’était allée aussi loin dans un grand tournoi. En face, l’Angleterre avance en terrain connu. Les Three Lions disputent là leur onzième quart de finale mondial, le troisième d’affilée après 2018 et 2022. D’un côté une nation qui découvre les sommets, de l’autre un habitué des rendez-vous du dernier carré : le contraste donne à cette soirée de Floride une saveur particulière.
Le parcours norvégien a des allures de conte. Deuxième de son groupe derrière la France — une lourde défaite 4-1 concédée avec une équipe largement remaniée lors de la dernière journée, la qualification étant déjà acquise —, la Norvège a haussé le ton au moment de basculer dans les matchs couperets. En seizième, il a fallu un but tardif d’Erling Haaland pour écarter la Côte d’Ivoire (2-1). Puis vint le coup de tonnerre : un 2-0 sans discussion infligé au Brésil, cinq fois champion du monde, avec un doublé de Haaland dont une tête impériale. Les Scandinaves n’avaient jamais goûté à pareille altitude, et ils y sont arrivés en sortant l’un des ogres de la compétition.
Impossible de parler de cette Norvège sans s’arrêter sur son numéro neuf. Haaland traverse ce Mondial comme un rouleau compresseur : sept buts en cinq rencontres, coleader du classement des buteurs aux côtés de Kylian Mbappé et Lionel Messi, et surtout une réussite qui ne se tarit pas — l’attaquant de Manchester City a trouvé le chemin des filets lors de chacune de ses quatorze dernières sorties compétitives sous le maillot national. Ménagé face aux Bleus quand tout était plié, il a rechargé les batteries au meilleur moment. Un buteur de ce calibre, frais et lancé, c’est le genre de client qui peut faire basculer un quart de finale sur une seule inattention adverse.
Réduire la Norvège au seul Haaland serait pourtant une erreur de débutant. À la baguette, le capitaine Martin Ødegaard donne le tempo depuis l’entrejeu, ralentit ou accélère le jeu selon les besoins, et sa connexion avec Andreas Schjelderup fait des dégâts : entré à la pause contre le Brésil, l’ailé a délivré deux passes décisives. Derrière, Julian Ryerson a livré un récital défensif en muselant Vinicius Junior, preuve que ce bloc sait aussi défendre bas et repartir vite en contre. Solbakken a bâti une équipe équilibrée, patiente, qui n’a pas peur de laisser le ballon pour mieux frapper dans les espaces.
L’Angleterre, elle, s’est qualifiée dans la douleur mais avec ce métier qui la caractérise. Menés puis vainqueurs de la RD Congo en seizième de finale, les protégés de Thomas Tuchel ont ensuite arraché un 3-2 étouffant contre le Mexique dans l’enfer de l’Azteca, en surmontant l’altitude et un carton rouge. Ce genre de soirée forge un groupe et rappelle que les Anglais savent gagner sans briller.
Devant, Harry Kane porte les siens avec la même gourmandise que d’habitude. Six buts en cinq matchs : le capitaine anglais a rejoint Gary Lineker (1986) et son propre total de 2018 comme seuls Anglais à inscrire six buts dans un grand tournoi, et il est désormais à hauteur de Gerd Müller avec quatorze réalisations en Coupe du Monde.
Jusqu’à 100 € remboursés en CASH si votre 1er pari sportif est perdant !
Remboursé en cash et sans condition de mise : des gains directement retirables, pas des Freebets.
Auteur d’une saison hallucinante au Bayern Munich, le buteur aime décrocher, venir toucher des ballons entre les lignes et dicter le tempo autant que finir les actions. Le marquer sans le suivre trop haut sera un vrai casse-tête pour la charnière norvégienne, d’autant que Kane n’a besoin que d’un ballon propre pour punir.
Tout n’est pas rose pour autant du côté anglais. Le milieu a été asphyxié par le Mexique, avec seulement 33,2 % de possession, la plus faible part de ballon d’une équipe anglaise depuis 1966. À cela s’ajoutent des soucis d’effectif : Jordan Henderson est forfait pour le tournoi, victime d’un poignet cassé, Jarell Quansah est suspendu après son expulsion face au Mexique, et la forme de Reece James interroge. Tuchel pourrait être contraint de reculer Ezri Konsa au poste de latéral droit, une piste que la Norvège ne manquera pas de cibler du côté de Schjelderup.
Les duels individuels promettent. Au milieu, Declan Rice devra couper les lignes de passes d’Ødegaard pour éviter que le meneur d’Arsenal ne prenne le match à son compte, après une entame de tournoi où les Anglais ont trop souvent subi. Devant, Marc Guehi, qui côtoie Haaland à l’entraînement de Manchester City depuis janvier, hérite de la mission la plus lourde : ne pas offrir le moindre mètre au Norvégien. Et sur les côtés, la vitesse d’Anthony Gordon viendra tester ce même Ryerson, pourtant impérial contre le Brésil.
Le vainqueur filera en demi-finale, à une marche d’un rêve que ni l’un ni l’autre n’a concrétisé récemment : l’Angleterre court après un sacre mondial qui lui échappe depuis 1966, la Norvège écrit tout simplement la plus belle page de son football. Autant dire que personne ne lâchera le moindre ballon, et que les jambes lourdes d’une fin de tournoi pèseront autant que les systèmes.
Sur le papier, l’Angleterre part avec la faveur des pronostics : plus d’expérience à ce stade, un effectif plus dense, l’habitude de ces rendez-vous à haute tension. Mais la Norvège possède un argument que peu d’équipes peuvent aligner — un attaquant capable de punir la moindre erreur et de faire gagner un match à lui seul. Si les Three Lions contrôlent le tempo et privent Haaland de ballons propres, leur métier devrait finir par parler. Mais gare au moindre relâchement : dans une rencontre qui s’annonce serrée et tendue, il suffira peut-être d’un éclair scandinave pour renverser la logique. L’Angleterre tient la corde, la Norvège tient Haaland : voilà tout le sel de ce quart de finale de Miami.