L'analyse du match
Par Rémy · Publié le 9 juillet 2026 à 10:01
Il y a des affiches qui sentent la poudre bien avant le coup d’envoi. Ce vendredi 10 juillet, au SoFi Stadium de Los Angeles, l’Espagne et la Belgique se disputent une place dans le dernier carré de la Coupe du Monde 2026. D’un côté, la Roja, favorite annoncée du tournoi, tombeuse du Portugal après prolongation. De l’autre, des Diables Rouges qui ont mis du temps à lancer leur Mondial mais qui arrivent lancés, portes de l’attaque grandes ouvertes. Un quart de finale, deux philosophies, et un billet pour les demies au bout.
Le parcours espagnol force le respect. Un nul initial contre le Cap-Vert (0-0), puis quatre succès de rang : 4-0 face à l’Arabie Saoudite, 1-0 devant l’Uruguay, 3-0 contre l’Autriche, avant ce 1-0 arraché en prolongation face au Portugal en huitième. Cinq matchs, cinq feuilles blanches derrière : la défense de l’Espagne n’a pas encaissé le moindre but depuis le début de la compétition. On parle en plus d’une sélection qui reste sur une série de 35 rencontres sans défaite, toutes compétitions confondues. Autant dire une machine parfaitement huilée, qui contrôle le temps fort et étouffe l’adversaire par la possession.
Ce qui frappe, c’est l’équilibre du bloc. Devant Unai Simon, la charnière tient la baraque, les latéraux montent sans jamais laisser l’autoroute derrière eux, et au milieu le tandem Rodri - Pedri dicte le tempo comme un métronome. C’est là que se gagnent les gros matchs : dans la capacité à ne pas lâcher le ballon quand l’adversaire pousse. Et puis il y a Lamine Yamal, longtemps géré physiquement, revenu à son meilleur niveau face au Portugal, où il a signé les moments les plus tranchants de la Roja. Un joueur capable de faire basculer un quart de finale sur une inspiration.
L’autre atout espagnol se nomme Mikel Oyarzabal. Co-meilleur buteur du tournoi, l’attaquant a trouvé le chemin des filets lors de quatre des cinq matchs de son équipe. Un finisseur en pleine confiance, du genre à punir la moindre approximation dans une surface. Face à une défense belge encore perfectible, la donnée a son importance.
La Belgique, elle, a construit sa qualification à l’envers. Début poussif avec deux nuls, 1-1 contre l’Égypte puis 0-0 contre l’Iran, de quoi inquiéter tout un pays. Et puis la mécanique s’est enclenchée : un 5-1 sur la Nouvelle-Zélande, un 3-2 accroché face au Sénégal, et surtout un 4-1 sans discussion contre les États-Unis en huitième. Trois victoires de suite, une moyenne offensive qui a explosé : les Diables Rouges ont enfin trouvé leur rythme au meilleur moment.
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Le réservoir offensif belge reste impressionnant. Charles De Ketelaere, relancé par un doublé contre les États-Unis, tient la forme, pendant que Youri Tielemans orchestre le jeu au cœur du terrain. Sur le banc, Kevin De Bruyne, Jérémy Doku et Romelu Lukaku, ménagés en huitième, réclament leur place : de la réserve pareille pour un quart de finale, peu de sélections peuvent en dire autant. Un bloc bas espagnol qui céderait dans les vingt dernières minutes se retrouverait alors face à des jambes fraîches et redoutables en transition. Il faudra toutefois faire sans Amadou Onana, victime d’une rupture des ligaments croisés face aux États-Unis : un vrai coup dur pour l’équilibre du milieu, où Nicolas Raskin et Hans Vanaken devront compenser aux côtés de Tielemans.
Dans les cages, la Belgique tient l’un des tout meilleurs à son poste. Thibaut Courtois reste un rempart capable à lui seul de maintenir son équipe à flot dans un match fermé. Face à l’armada offensive espagnole, sa présence sera précieuse : c’est souvent sur ce genre de duels, gardien contre finisseur, que se décident les soirées de Coupe du Monde.
L’histoire, elle, a un goût particulier pour les Belges. C’est en quart de finale, déjà, au Mondial 1986 au Mexique, que les Diables Rouges avaient sorti l’Espagne aux tirs au but après un 1-1 tenace. Mais depuis, le vent a tourné nettement : la Roja domine les dernières confrontations directes, invaincue lors de ses huit derniers duels face à la Belgique, victorieuse des cinq derniers. Un passif récent lourd à porter pour des Belges qui devront déjouer les statistiques.
Sur le plan tactique, tout tournera autour d’un bras de fer : la possession patiente de l’Espagne contre la puissance en transition des Belges. Si la Roja garde le ballon et enferme son adversaire dans son camp, elle asphyxiera peu à peu des Diables obligés de courir. Mais si le match s’ouvre, si Courtois tient et si les entrants belges apportent ce surcroît de vitesse, l’affaire peut basculer sur un contre. Le premier but, comme souvent à ce niveau, pèsera lourd.
Sur la durée du tournoi, l’Espagne a montré une maîtrise et une solidité qui en font la référence : cinq clean sheets d’affilée, un milieu qui contrôle tout, un finisseur en fusion. La Belgique a les individualités pour créer l’exploit, mais elle devra livrer son match parfait, sans le trou d’air qui l’a longtemps caractérisée dans cette compétition. La logique et la forme penchent du côté de la Roja, qui semble avoir les armes pour valider son billet pour le dernier carré. Reste à savoir si les Diables Rouges auront, comme en 1986, ce grain de folie capable de renverser une favorite. Réponse vendredi soir, sous les lumières de Los Angeles.
M6