L'analyse du match
Par Rémy · Publié le 17 juin 2026 à 13:19
Il reste six journées au championnat marocain et la Renaissance de Berkane n’a plus une seconde à perdre. Tenante du titre, la RSB a vu la couronne lui échapper temporairement : à six journées de la fin, l’AS FAR a pris les commandes avec 48 points, devant le Maghreb de Fès et Berkane, à égalité à 46 unités. Autrement dit, les hommes de Berkane comptent deux longueurs de retard sur le leader et n’ont plus le droit à l’erreur. La réception de l’Olympique de Safi, ce 18 juin, ressemble sur le papier à un passage obligé vers le sommet. Mais en fin de saison, les matchs « faciles » sont souvent les plus piégés, surtout quand l’adversaire joue sa survie.
Car en face, la situation de l’Olympique de Safi raconte une tout autre histoire. Engluée dans les profondeurs du classement, autour de la 15ème et 16ème place avec une vingtaine de points seulement, la formation safiote est plongée dans la zone rouge et joue clairement son maintien sur ces dernières sorties. Avec un bilan où les défaites dominent largement les victoires, l’OCS arrive à Berkane le dos au mur. C’est là toute l’ambiguïté de cette affiche : d’un côté un prétendant au titre qui doit gagner pour rester dans la course, de l’autre un mal-classé qui doit gratter chaque point pour ne pas disparaître.
Sur le terrain, la force de Safi cette saison aura été sa capacité à ne pas perdre certains matchs qu’il aurait pu perdre : la formation a multiplié les matchs nuls, signe d’une équipe qui sait se regrouper, défendre bas et grappiller un point sur la pelouse adverse. Cette propension au 1-1 dit beaucoup d’un groupe qui n’a pas les armes offensives pour faire la différence, mais qui a appris à vendre cher sa peau. Pour un attaquant, rien de plus frustrant qu’un bloc bas qui ne lâche jamais le ballon dans sa surface et qui ferme les espaces dès la perte du cuir.
Berkane, justement, va devoir composer avec ce scénario. La RSB a le profil pour casser un bloc : elle s’appuie sur un Mounir Chouiar capable de créer le déséquilibre entre les lignes, sur la présence de Youssef Mehri et sur l’abattage offensif d’Oussama Lamlioui, trois hommes qui se partagent l’essentiel des réalisations du club cette saison. Mais face à une défense regroupée, ce ne sera pas la vitesse pure qui décidera : ce sera la patience, la qualité du dernier geste et la capacité à ouvrir le score tôt pour obliger Safi à sortir de sa coquille.
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Le précédent face-à-face de la saison invite d’ailleurs à la prudence. Lors de la première manche entre les deux équipes, Berkane et Safi s’étaient quittés sur un nul 1-1, un score qui colle parfaitement à l’identité safiote et qui rappelle que l’OCS sait poser des problèmes à cette Renaissance. Ce partage des points reste un avertissement : ce n’est pas parce qu’une équipe est leader que l’autre s’efface. Berkane sait que le piège d’un match attendu comme une formalité est réel, et qu’un nouveau nul à domicile revêtirait, dans le contexte de la course au titre, la saveur amer d’une défaite.
Il y a aussi la question de la fraîcheur. En cette fin de saison, les organismes accusent le coup : jambes lourdes, terrains qui piquent sous la chaleur de juin, enchaînement des échéances pour un club comme Berkane habitué à jouer sur plusieurs tableaux. La gestion des temps forts sera déterminante. Si la RSB contrôle le ballon et impose son rythme dès l’entame, elle peut éteindre les velléités safiotes ; si elle laisse le match s’installer dans la lenteur, elle s’expose à ce genre de soirée où un coup de tête sur corner ou un contre suffit à tout faire basculer.
Pour Berkane, l’enjeu dépasse largement les trois points. À six journées du terme, chaque faux pas se paie comptant dans une course où trois équipes se tiennent dans un mouchoir de poche. Le calendrier à venir, avec notamment des rendez-vous face au Maghreb de Fès et à l’AS FAR, deux concurrents directs, donne à ce match contre Safi une dimension de « match à ne pas rater ». Perdre des points maintenant, contre un adversaire de bas de tableau, reviendrait à saborder une partie du travail accompli depuis le début de saison. La RSB doit faire le plein avant d’aborder les chocs qui décideront du titre.
Du côté de Safi, la logique est inverse mais l’urgence est la même. Chaque journée qui passe sans victoire rapproche l’OCS de la relégation, et les confrontations directes pour le maintien deviennent capitales. Aller chercher un point, voire un exploit, sur la pelouse du tenant du titre, ce serait une bouffée d’oxygène inespérée dans une fin de saison cauchemardesque. Les hommes de Safi n’ont rien à perdre, et c’est souvent dans cet état d’esprit, libérés de la pression du résultat obligé, que les mal-classés réalisent leurs meilleures sorties.
Reste à savoir lequel des deux contextes pèsera le plus lourd. La pression du titre sur les épaules de Berkane, ou l’instinct de survie d’un Safi acculé ? Sur le papier, la différence de niveau et l’avantage du terrain plaident pour la Renaissance. Mais le football marocain a souvent montré qu’en fin de saison, les certitudes volent en éclats. Berkane saura-t-il forcer le verrou safiote pour rester dans la roue de l’AS FAR ?