L'analyse du match
Par Rémy · Publié le 18 juin 2026 à 09:36
Au Levi’s Stadium de Santa Clara, ce vendredi 26 juin à 4h00 du matin à Paris, le Paraguay et l’Australie referment le Groupe D d’une Coupe du Monde à 48 équipes. Deux sélections que tout oppose dans le style, réunies par une même idée fixe : ne pas rentrer à la maison dès la phase de poules. Pour les hommes de Gustavo Alfaro comme pour ceux de Tony Popovic, cette troisième et dernière journée a des allures de juge de paix.
Le tableau de départ est connu. Après la première journée, les États-Unis et l’Australie se sont détachés avec trois points : les co-hôtes ont écrasé le Paraguay 4-1 à Los Angeles, pendant que les Socceroos signaient un 2-0 maîtrisé face à la Turquie à Vancouver. Le Paraguay et la Turquie, eux, ont ouvert leur Mondial par une défaite et se retrouvent déjà le dos au mur. Entre cette photographie et le coup d’envoi de Santa Clara s’intercale toute une deuxième journée — États-Unis / Australie, Turquie / Paraguay — qui rebattra les cartes. Inutile de jouer les devins sur les scénarios : ce qui est certain, c’est que l’Albirroja arrivera avec une obligation de résultat plus lourde que son adversaire, et que l’Australie pourrait, elle, avoir une partie du travail déjà faite.
Pour le Paraguay, l’histoire a déjà une saveur particulière. C’est sa première Coupe du Monde depuis l’Afrique du Sud 2010, l’époque où l’Albirroja avait poussé jusqu’en quart de finale. Quinze ans d’attente, un retour au premier plan orchestré par Gustavo Alfaro, et une génération qui mêle l’expérience européenne de Miguel Almirón à la fougue du jeune Julio Enciso. La correction reçue d’entrée contre les États-Unis a fait mal, mais elle a aussi rappelé l’ADN de cette équipe : quand elle ne peut pas tenir le ballon, le Paraguay redevient ce bloc rugueux, porté sur l’impact, capable de transformer chaque duel en bataille. Devant, Antonio Sanabria reste l’homme des situations chaudes, lui qui a planté quatre buts lors des éliminatoires sud-américaines malgré un statut de remplaçant de luxe.
Reste la question Enciso. L’attaquant de 22 ans, sorti sur civière lors d’un match de préparation à cause de la cuisse, a inquiété tout un pays avant le tournoi. Alfaro avait laissé la porte ouverte à une titularisation dès l’entrée en lice ; son état de forme précis à l’approche de ce troisième match méritera d’être suivi de près. Car derrière lui, le Paraguay s’appuie sur une charpente solide : Gustavo Gómez, le patron de Palmeiras, et Fabián Balbuena en charnière, deux défenseurs qui savent ce que veut dire « défendre sa surface au corps ». C’est probablement de là, et du sale boulot de Diego Gómez au milieu, que viendra la résistance face à la puissance australienne.
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En face, l’Australie de Tony Popovic a débarqué dans ce Mondial avec une assurance qui ne doit rien au hasard. Le 2-0 infligé à la Turquie d’entrée a été salué comme une petite leçon de métier : bloc compact, largeur assurée par les pistons, ailiers inversés pour densifier l’axe, et ce sens du moment qui caractérise les meilleures équipes du sélectionneur. Les Socceroos avancent derrière leur capitaine Mat Ryan, gardien d’expérience européenne qui dispute là une quatrième Coupe du Monde, performance que peu d’Australiens ont réalisée avant lui. Devant la défense, Jackson Irvine, capitaine de St Pauli, continue d’incarner ce numéro 8 box-to-box qui dicte le tempo et porte les transitions : c’est lui le poumon de cette équipe.
L’arrière-garde, elle, s’est offert un retour symbolique avec Harry Souttar, la tour de contrôle revenue de près de cinq cents jours sans jouer après une grave blessure au tendon d’Achille. Sur les longs ballons et les coups de pied arrêtés, sa présence change la dimension d’une défense australienne déjà réputée pour son agressivité aérienne. Tout n’est pas rose pour autant : Popovic a perdu Riley McGree pour l’ensemble du tournoi, victime d’une blessure aux ischio-jambiers, un coup dur pour la profondeur de son entrejeu. Sur les côtés, la jeunesse de Jordan Bos et l’explosivité de Nestory Irankunda apportent une touche de folie à un ensemble par ailleurs très discipliné.
Tactiquement, le duel promet un vrai choc de cultures. D’un côté, un Paraguay qui adore le combat, qui cherche à casser le rythme, à gratter des fautes et à vivre sur ses coups de pied arrêtés ; de l’autre, une Australie qui aime imposer sa structure, étirer le jeu par ses pistons et frapper en transition dès qu’un espace s’ouvre. Le terrain de bataille le plus intéressant sera sans doute la récupération au milieu : si Diego Gómez et ses partenaires parviennent à museler Irvine, le Paraguay pourra exister ; si Irvine prend le dessus dans ces duels, il fera reculer l’Albirroja par séquences entières. L’autre clé tient à la gestion des centres : avec Souttar et Gustavo Gómez dans les deux surfaces, chaque corner ressemblera à un face-à-face de colosses, épaule contre épaule, sous la chaleur californienne de fin de soirée.
L’histoire commune entre les deux nations tient sur un mouchoir de poche : quelques confrontations seulement, sans rivalité installée. Chaque retrouvaille a valeur de test grandeur nature plutôt que de revanche. Et c’est peut-être ce qui rend ce Paraguay / Australie intrigant : deux modèles différents, la culture du duel sud-américain face à la rigueur collective héritée du parcours asiatique, qui se jaugent pour la première fois sur la plus grande des scènes.
Reste à voir dans quel état d’esprit chaque sélection abordera Santa Clara. Selon le résultat de la deuxième journée, l’une pourra jouer sa survie pleine balle quand l’autre gérera peut-être un capital plus confortable ; les jambes lourdes de trois matchs en moins de quinze jours, la chaleur, la moindre alerte musculaire feront le reste. Une chose est sûre : l’Albirroja n’a pas patienté quinze ans pour s’éclipser sans bruit, et l’Australie de Popovic n’est pas venue de si loin pour lâcher quoi que ce soit en route. Au coup d’envoi, le Groupe D livrera son dernier verdict : dur, serré, et taillé pour séparer ceux qui continuent de ceux qui rentrent.
M6