L'analyse du match
Par Rémy · Publié le 16 juin 2026 à 08:09
Le Panama pour faire trembler les Three Lions ?
La troisième et dernière journée du Groupe L de cette Coupe du Monde 2026 envoie le Panama et l’Angleterre au MetLife Stadium d’East Rutherford, dans la banlieue de New York, ce samedi 27 juin à 23h00, heure de Paris. Dans un tournoi élargi à quarante-huit nations, où les deux premiers de chaque poule et les huit meilleurs troisièmes filent en seizièmes de finale, ce rendez-vous a tout du match qui scelle les comptes : c’est au troisième match, le plus souvent, que se dessinent les qualifications dans un mouchoir de poche. La Croatie et le Ghana, qui s’affrontent au même moment à Philadelphie, complètent un groupe où chaque point comptera double.
L’enjeu n’est pas le même dans les deux vestiaires. Les Three Lions arrivent au Mondial avec le statut de candidat naturel à la qualification, portés par une demande pressante de leur public après la finale d’Euro 2024 perdue contre l’Espagne, deuxième désillusion européenne consécutive après celle de 2021 face à l’Italie. Côté panaméen, le simple fait d’avoir retrouvé la scène mondiale, sept ans après une première historique en Russie, vaut déjà récompense : pour Los Canaleros, l’objectif assumé est de franchir cette fois le premier tour, ce qui n’avait jamais été le cas.
Avant cette ultime sortie de poule, les deux sélections auront déjà livré deux matchs. L’Angleterre aura affronté la Croatie à Arlington le 17 juin puis le Ghana à Foxborough, tandis que le Panama aura ouvert son tournoi contre le Ghana à Toronto avant d’y croiser la Croatie. Impossible, à ce stade, de préjuger de résultats qui n’ont pas encore été disputés : ce qui est certain, c’est que la hiérarchie du groupe se sera déjà partiellement dessinée et que ce duel pourrait valoir un billet pour les seizièmes.
Sur le papier, le rapport de force penche nettement du côté anglais. Thomas Tuchel, installé sur le banc des partenaires de Harry Kane depuis le début de l’année 2025, a fait des choix tranchants pour bâtir une équipe plutôt qu’un catalogue d’individualités. Le réservoir offensif a de quoi inquiéter n’importe quelle défense : Jude Bellingham, dont le sélectionneur a géré avec soin le retour après une blessure aux ischio-jambiers, est attendu en première ligne créative, tandis que Harry Kane reste le tueur attitré et capitaine, à son troisième Mondial — il égale ainsi le record de longévité de Billy Wright — après une saison à 61 buts toutes compétitions sous le maillot du Bayern Munich.
Tout n’est pas pour autant impeccable du côté anglais. La charnière centrale reste le point le plus discuté de cette sélection : la condition physique de John Stones a tenu Tuchel en haleine jusqu’au dernier moment, et l’ensemble du secteur défensif manque d’expérience internationale. Voilà précisément le genre de fragilité qu’une équipe regroupée et bien organisée peut chercher à exploiter sur coups de pied arrêtés ou en transition, pour peu qu’elle ait les jambes pour prendre la profondeur.
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En face, le Panama de Thomas Christiansen avance avec ses armes : un bloc compact, de la discipline et un sens du combat qui colle à la peau de cette sélection. Le technicien hispano-danois, en poste depuis 2020, a mené Los Canaleros jusqu’à une finale de Gold Cup en 2023 et s’appuie sur un noyau expérimenté. Plusieurs cadres du Mondial 2018 sont toujours là : le trio défensif Amir Murillo, Eric Davis et Fidel Escobar, ainsi que le gardien Luis Mejía, qui apportent au groupe la mémoire des grands rendez-vous. Murillo, particulièrement en vue, fut l’un des meilleurs passeurs de toute la zone Concacaf lors des éliminatoires, signe d’un latéral qui sait peser sur le jeu offensif quand l’occasion se présente.
Le cœur du jeu panaméen bat au rythme d’Adalberto Carrasquilla, plaque tournante du milieu chargée de relier la récupération à la création. Le joueur des Pumas traîne toutefois une gêne à l’aine contractée en fin de saison mexicaine, et Christiansen devra sans doute gérer ses minutes plutôt que de l’exposer d’entrée à l’intensité anglaise. À ses côtés, le capitaine Aníbal Godoy fait office de métronome et de poumon, ce milieu infatigable autour duquel s’ordonne tout l’équilibre défensif. Devant, Christiansen peut compter sur le punch d’Ismaël Díaz, de José Fajardo et de Cecilio Waterman, des attaquants habitués à marquer par séries en compétition continentale, épaulés par l’expérience de Yoel Bárcenas.
Le sujet de la chaleur n’est pas anecdotique. Même sur la côte Est, l’humidité de fin juin pique, les jambes s’alourdissent en seconde période et la fraîcheur physique pèsera lourd dans un troisième match en moins de dix jours. C’est là que la profondeur d’effectif anglaise peut faire la différence : Tuchel dispose d’un banc fourni pour rafraîchir ses lignes, là où le Panama, moins bien doté en doublures de premier plan, devra serrer les rangs et tenir sur les nerfs pour ne pas craquer dans le money-time.
L’histoire récente entre les deux nations parle d’elle-même. Leur unique précédent, en phase de groupes du Mondial 2018 à Nijni Novgorod, avait tourné à la démonstration anglaise : un 6-1 sans appel, marqué par un triplé de Harry Kane et un doublé de John Stones, plus large succès de l’Angleterre dans l’histoire de la compétition. Le Panama avait toutefois inscrit, par Felipe Baloy, son tout premier but en Coupe du Monde, instant de fierté nationale arraché dans la tempête. Sept ans plus tard, la génération de Christiansen voudra montrer un autre visage et faire mentir l’écart de niveau affiché sur le papier.
Reste que ce genre de rendez-vous ne se joue jamais seulement sur les statistiques. Le Panama a la réputation de rentrer dans ses matchs par les duels et de ne rien lâcher tant que le couperet n’est pas tombé. L’Angleterre, elle, sait qu’un faux pas lors de cette dernière journée pourrait la priver de la première place et compliquer la suite de son parcours.
Alors la question se pose, à quelques heures du coup d’envoi du MetLife Stadium : la machine anglaise, plus riche et mieux armée, déroulera-t-elle comme en 2018, ou Los Canaleros, portés par l’orgueil et le rêve d’un premier huitième de finale historique, parviendront-ils à faire enfin trembler les Three Lions ?
M6