L'analyse du match
Par Rémy · Publié le 13 juin 2026 à 20:31
Une première fois à l’Azteca : l’Ouzbékistan découvre le Mondial face à la Colombie de James et Luis Díaz. Le 18 juin à 4h, heure de Paris, deux mondes se rencontrent pour la toute première fois de leur histoire.
Il y a des matchs qui n’ont pas de passé, et celui-ci en fait partie. L’Ouzbékistan et la Colombie ne se sont jamais affrontés, jamais croisés sur une pelouse qui compte. Le rendez-vous se tient au cœur de la mythique Estadio Azteca de Mexico, pour l’entrée en lice du groupe K, celui-là même où rodent le Portugal de Cristiano Ronaldo et une République Démocratique du Congo joueuse. Autant dire que pour les deux protagonistes du soir, prendre les trois points dès la première journée ne relève pas du confort : c’est presque une obligation pour ne pas se retrouver dos au mur face aux Lusitaniens.
Commençons par ceux qui écrivent l’Histoire. L’Ouzbékistan dispute ici la toute première Coupe du Monde de son existence, devenant la première nation d’Asie centrale à atteindre le saint des saints. Après sept tentatives manquées depuis l’indépendance de 1991, les Loups Blancs ont enfin décroché le graal en terminant deuxièmes de leur groupe asiatique, dans le sillage de l’Iran. Le chiffre qui claque : 27 buts inscrits pour seulement 11 encaissés sur les 16 rencontres de qualification, le tout scellé par un éclatant succès 3-0 face au Qatar qui leur a évité le calvaire des barrages. Une qualification directe, propre, méritée.
Pour transformer l’essai sur la scène mondiale, la fédération a frappé un grand coup en confiant le banc à Fabio Cannavaro. Le champion du monde 2006, capitaine de l’Italie à Berlin, a pris les commandes à l’automne 2024 et instille à sa formation ce qu’il connaît le mieux : la rigueur défensive. Son bloc en 4-2-3-1, compact et discipliné, a tenu tête aux Pays-Bas (battu de justesse 2-1) et s’est offert l’Égypte en préparation. Devant, tout passe par le capitaine Eldor Shomurodov, meilleur buteur de l’histoire du pays et attaquant d’Istanbul Basaksehir, passé par la Roma et le Genoa en Serie A. À ses côtés, le jeune créateur Abbosbek Fayzullaev et l’expérimenté Otabek Shukurov apportent le liant au milieu.
La grande fierté ouzbèke se nomme toutefois Abdukodir Khusanov. À seulement 22 ans, le défenseur est devenu le premier joueur de son pays à évoluer en Premier League après son transfert à Manchester City pour 35 millions d’euros en janvier 2025. Gêné par une blessure en début d’année, il est revenu pleinement compétitif sur la fin de saison, participant aux sacres des Citizens en FA Cup et en League Cup : il sera donc bien là, en pleine possession de ses moyens, pour cadenasser l’arrière-garde face aux assauts colombiens.
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En face, la Colombie revient de loin et compte bien rappeler à la planète football qu’elle n’a rien d’un faire-valoir. Absente du Mondial 2022 au Qatar, la Tricolor a soigné son retour en terminant troisième de redoutables qualifications sud-américaines, avec 28 buts inscrits : un secteur offensif qui n’a jamais cessé de produire. Les hommes de Néstor Lorenzo arrivent au Mexique avec l’ambition affichée de figurer parmi les équipes les plus dangereuses du continent sud-américain.
Mais le visage de cette sélection reste celui de James Rodríguez. Le capitaine, désormais à Minnesota United, demeure le maître à jouer, l’homme des coups francs et des dernières passes : on n’oublie pas qu’il fut Soulier d’Or du Mondial 2014 au Brésil. Une légère gêne l’a privé de quelques séances à l’approche du tournoi, mais le numéro 10 est annoncé pleinement rétabli et prêt à orchestrer. À ses côtés, le danger porte un nom qui fait frémir les défenses : Luis Díaz, l’ailier qui a illuminé la Bundesliga et la Ligue des Champions sous le maillot du Bayern Munich cette saison. Vitesse, percussion, sens du but : il sera l’arme numéro un des Cafeteros pour faire sauter le verrou ouzbèke.
Lorenzo dispose par ailleurs d’un milieu de terrain de très belle facture. Richard Ríos, révélation passée par Benfica, apporte l’énergie et la récupération, épaulé par l’intensité de Jhon Arias et l’expérience défensive de Davinson Sánchez derrière. Le système en 4-3-1-2 voulu par le sélectionneur mise sur des triangles de passes rapides et un pressing incessant : une philosophie de mouvement perpétuel qui pourrait poser de sérieux problèmes à un bloc ouzbèke désireux, lui, de rester groupé et patient.
Du côté de la forme récente, les deux camps abordent ce choc avec des courbes différentes. La Colombie affiche une dynamique plus rassurante avec trois succès sur ses cinq dernières sorties, ponctués de victoires nettes, même si elle a buté sur des pointures européennes en préparation. L’Ouzbékistan, lui, alterne le chaud et le froid : capable de battre des adversaires solides, il a aussi concédé quelques revers face à des nations mieux armées. La question du soir tient peut-être là : la fougue et l’innocence du débutant suffiront-elles à bousculer le métier des Sud-Américains ?
Le contexte du groupe ajoute du sel à l’affiche. Avec le Portugal en favori annoncé et une RD Congo capable de jouer les trouble-fête, ni la Colombie ni l’Ouzbékistan n’ont droit à l’erreur dès l’entame. Un faux pas inaugural à l’Azteca compliquerait sérieusement la course à la qualification, dans un format élargi où chaque point pèsera lourd au moment des comptes. La pression, paradoxalement, pourrait peser davantage sur les épaules colombiennes, attendues, que sur celles d’un Ouzbékistan qui n’a, sur le papier, rien à perdre.
Reste l’émotion brute du moment. Pour tout un peuple d’Asie centrale, ce coup d’envoi à Mexico restera gravé comme le premier de son histoire mondiale. Pour la Colombie, c’est l’occasion de relancer une épopée interrompue depuis huit ans. Le talent et le métier penchent du côté des partenaires de James et Luis Díaz ; le cœur et la solidité signée Cannavaro du côté des Loups Blancs. Première page d’une histoire totalement vierge : qui tiendra la plume à l’Azteca ?