L'analyse du match
Par Rémy · Publié le 12 juin 2026 à 13:11
Les Bleus, le piège irakien ?
Le Groupe I de cette Coupe du Monde 2026 se poursuit le lundi 22 juin sur la pelouse du Lincoln Financial Field de Philadelphie, à 23h00 heure de Paris, où la France retrouve l’Iraq pour son deuxième rendez-vous de poule. Dans un tournoi élargi à quarante-huit nations, où les deux premiers de chaque groupe et les huit meilleurs troisièmes filent en seizièmes de finale, ce match tombe au moment charnière : celui où l’on commence à faire les comptes. Le Sénégal et la Norvège complètent un quatuor piégeux, et personne, chez les Bleus, n’a oublié qu’une poule se gagne souvent sur la capacité à ne pas trébucher contre le théorique petit.
L’enjeu est limpide pour les hommes de Didier Deschamps. Après un premier test face au Sénégal le 16 juin au MetLife Stadium du New Jersey, l’équipe de France aborde l’Iraq avec l’obligation morale de prendre les trois points pour s’ouvrir grand la porte des seizièmes avant le déplacement chez la Norvège le 26. Pour le sélectionneur, ce Mondial a une saveur particulière : ce sera le dernier de son long règne, lui qui reste l’un des trois hommes à avoir soulevé le trophée comme joueur en 1998 puis comme entraîneur en 2018. Une dernière danse qu’il voudrait conclure le plus loin possible.
Sur le papier, le rapport de force est sans appel. Les Bleus arrivent en Amérique du Nord avec un statut de favori et un réservoir offensif qui donne le tournis. Kylian Mbappé, capitaine et patron, sort d’une saison étincelante au Real Madrid ; il lui manque deux buts seulement pour effacer le record français de Just Fontaine, treize réalisations en phase finale de Coupe du Monde. Une légère alerte à la cuisse l’a gêné en fin d’exercice avec Madrid, mais l’attaquant figure bien dans la liste et compte attaquer ce tournoi avec le couteau entre les dents.
Autour de lui, l’abondance est presque embarrassante. Ousmane Dembélé, Ballon d’Or en titre, apporte sa percussion ; Michael Olise, Désiré Doué, Rayan Cherki, Bradley Barcola et Marcus Thuram offrent à Deschamps une profondeur de banc dont peu de nations disposent. Derrière, la charpente reste solide : William Saliba en patron de la défense centrale, Jules Koundé sur son couloir droit et Mike Maignan dans les buts. Le sélectionneur a fait des choix forts, écartant Eduardo Camavinga après une saison gâchée par les pépins, mais aussi Randal Kolo Muani ou Florian Thauvin : la quête d’équilibre a primé sur les seuls noms.
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En face, l’Iraq débarque avec la fraîcheur de celui qui n’avait plus rien à perdre depuis longtemps. Les Lions de Mésopotamie disputent leur première Coupe du Monde depuis Mexico 1986, soit quarante ans d’attente, et c’est encore sur le sol mexicain qu’ils ont validé leur billet : vainqueurs de la Bolivie lors du barrage intercontinental disputé à Monterrey fin mars, ils ont arraché au forceps un retour que plus personne n’espérait. Aux commandes, l’Australien Graham Arnold, qui a redressé une sélection chancelante en quelques mois et lui a redonné une colonne vertébrale. Un parcours du combattant qu’il a lui-même décrit comme l’un des plus rudes de sa carrière.
Le danger irakien porte d’abord un nom : Aymen Hussein. Meilleur buteur de l’histoire de la sélection, l’avant-centre est le référent du vestiaire, un point d’appui précieux pour fixer une défense et faire respirer ses partenaires. À ses côtés, Ali Al-Hamadi, passé par la Premier League du côté d’Ipswich, apporte de la vitesse dans la profondeur, tandis que Zidane Iqbal, milieu formé à l’académie de Manchester United et aujourd’hui à Utrecht, reste le métronome technique, celui qui sait casser une ligne d’une passe. Amir Al-Ammari, électron libre venu de Pologne, complète un entrejeu plus doué balle au pied qu’on ne l’imagine.
Tactiquement, l’Iraq ne viendra pas se découvrir. Face à un adversaire de ce calibre, Arnold devrait privilégier un bloc bas et compact, des lignes resserrées et l’espoir de frapper sur la transition ou sur un coup de pied arrêté. C’est tout l’enjeu pour les Bleus : trouver les brèches d’un mur regroupé sans s’exposer aux contres. Quand l’espace manque, la différence se fait sur la qualité du dernier geste et la mobilité des intervalles ; or, en la matière, l’arsenal français a de quoi faire la décision. Encore faut-il ne pas s’endormir dans la possession stérile, ce travers qui guette parfois les grandes nations face à un bloc bas.
Il faudra aussi composer avec le contexte. La chaleur de la côte Est en plein mois de juin, l’humidité qui colle au maillot, la pelouse qui pique après une première sortie dans les jambes : dans un deuxième match groupé sur quelques jours, les organismes commencent à accuser le coup, et la fraîcheur des remplaçants prend tout son sens. Le banc français, justement, peut faire basculer une rencontre verrouillée en seconde période, lorsque les jambes adverses deviennent lourdes et que les espaces s’ouvrent enfin.
Le calendrier achève de planter le décor. Une victoire ici, et la France mettrait un pied et demi en seizièmes avant d’affronter une Norvège ambitieuse à Foxborough. Pour l’Iraq, chaque point pris contre un cador serait de l’or massif dans la course aux meilleurs troisièmes, un format qui autorise tous les rêves aux outsiders. Les hommes d’Arnold n’ont rien à perdre et tout à gagner ; c’est souvent dans cet état d’esprit que naissent les soirées compliquées pour les favoris.
Reste alors la question qui flotte au-dessus de Philadelphie : les Bleus sauront-ils rentrer dans le match par les duels et faire sauter le verrou irakien avant que le doute ne s’installe, ou l’Iraq tiendra-t-il assez longtemps pour transformer son audace en exploit ?
M6