L'analyse du match
Retour piégé pour le Fener ?
Par Rémy · Publié le
Huit ans que le Fener attendait ça. Pour son retour dans la cour des grands, le club stambouliote hérite d’un client sérieux : une AS Roma lancée comme une fusée. Jeudi 10 septembre à 18h45, le coup d’envoi de la 1re journée de la phase de ligue de la Ligue des Champions 2026-27 sera donné au Şükrü Saracoğlu, sur les rives du Bosphore. Deux clubs qui ne se sont jamais affrontés dans une compétition officielle : la page est totalement vierge.
Pour Fenerbahçe, le simple fait d’être là est déjà une victoire. Absents de la phase de groupes de la plus prestigieuse des Coupes d’Europe depuis 2008-09, les Canaris jaunes ont dû batailler tout l’été pour décrocher leur billet : Górnik Zabrze, le Sturm Graz, puis un barrage bouillant face à l’Olympique Lyonnais, écarté sur l’ensemble des deux matchs. De quoi nourrir l’euphorie d’un public parmi les plus chauds du continent, qui transforme régulièrement le Şükrü Saracoğlu en chaudron.
Mais l’euphorie ne masque pas les problèmes. Les hommes d’İsmail Kartal, revenu sur le banc pour la quatrième fois de sa carrière, abordent ce rendez-vous historique dans une configuration presque cauchemardesque. L’infirmerie et la commission de discipline ont vidé le vestiaire : Matteo Guendouzi est suspendu après son implication dans l’altercation qui a suivi le barrage face à Lyon, tandis que Marco Asensio (cuisse), Jayden Oosterwolde et Çağlar Söyüncü soignent leurs pépins physiques. Au total, ce sont près d’une dizaine d’éléments du groupe professionnel qui manquent à l’appel pour cette grande première.
Le coup le plus dur reste toutefois d’ordre sportif : Anderson Talisca, meilleur buteur du club sur les tours préliminaires et véritable moteur offensif, a quitté le navire juste avant la reprise européenne pour rejoindre Al Jazira. Un départ qui prive Kartal de son référent dans le dernier tiers du terrain, au pire des moments. Restent l’abattage de Vedat Muriqi dans l’axe et la vitesse d’İrfan Can Aktürkoğlu sur les côtés pour tenter d’allumer la mèche.
Le Fener n’est pas dépourvu d’arguments pour autant. Sur l’ensemble de la saison, toutes compétitions confondues, la formation stambouliote a trouvé le chemin des filets lors de chacun de ses dix premiers matchs : une régularité offensive qui, dans son antre, peut faire trembler n’importe quel adversaire. Le début de saison en Süper Lig a certes été en dents de scie, alternant le bon et le moins bon, mais l’appui du public et l’enjeu d’un tel soir peuvent décupler les organismes.
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En face, la santé affichée par l’AS Roma a de quoi refroidir les ardeurs turques. Les hommes de Gian Piero Gasperini débarquent à Istanbul avec un plein de confiance : trois succès en trois journées de Serie A, la tête du classement et déjà dix buts inscrits. Le pressing haut et le jeu vertical si chers au technicien italien commencent visiblement à infuser, et la machine romaine tourne à plein régime au moment d’entamer sa campagne européenne.
Le grand bénéficiaire de ce début d’exercice s’appelle Donyell Malen. L’ailier néerlandais a déjà planté cinq buts en tout début de saison et incarne le tranchant retrouvé de l’attaque romaine. Derrière lui, le talent de Paulo Dybala fait frémir : l’Argentin, de retour sur la scène de la Ligue des Champions qu’il n’avait plus fréquentée depuis mars 2022, a été directement impliqué dans douze buts lors de ses seize dernières titularisations dans l’épreuve reine, dont onze réalisations personnelles. Associé à Matías Soulé dans le soutien de Malen, il donne à la Roma une qualité technique dont le Fener, amputé, aura bien du mal à se prémunir.
Le contraste est saisissant du côté de l’infirmerie : Gasperini ne déplore quasiment aucune absence de poids, si ce n’est Lorenzo Pellegrini, toujours gêné par une blessure à la cuisse. Autour de Gianluigi Svilar dans les buts, la charnière emmenée par Gianluca Mancini et Evan Ndicka offre des garanties, tandis que l’entrejeu mené par Manu Koné et Bryan Cristante donne le tempo. Difficile, sur le papier, de trouver la moindre faille dans l’ossature romaine.
Reste le facteur Istanbul. Le Şükrü Saracoğlu n’a jamais été une terre facile pour les visiteurs, et la Roma découvrira jeudi une ambiance qu’elle n’a encore jamais eu à dompter. Le Fener a montré par le passé sa capacité à se sublimer sous la pression de sa Kop, et sa fibre offensive intacte laisse craindre à la défense italienne quelques frissons. Un scénario à buts des deux côtés n’aurait rien d’étonnant tant les deux formations aiment porter le danger vers l’avant.
Mais à la lecture froide des forces en présence, l’équilibre penche nettement vers la Louve. D’un côté, une équipe en pleine possession de ses moyens, leader de son championnat et armée pour aller loin ; de l’autre, un hôte galvanisé mais privé de plusieurs cadres au coup d’envoi de son grand retour. Le cœur battra pour le Fener, la raison inviterait plutôt à suivre les Romains.
Notre pronostic : victoire de l’AS Roma (cote 2.30). Pour les amateurs de sécurité, les deux équipes marquent constitue une piste séduisante au vu de la puissance de feu romaine et de la régularité offensive stambouliote à domicile. Le Fener aura-t-il les ressources pour gâcher la fête de son propre retour ?
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