L'analyse du match
Par Rémy · Publié le 11 juillet 2026 à 09:13
Dans la nuit du 12 au 13 juillet (1h10, heure française), Guayaquil va cesser de respirer. Le stade George Capwell accueille la 239ème édition du « Clásico del Astillero », le derby le plus incandescent d’Équateur, entre Emelec et Barcelona SC. Une affiche qui referme la 18ème journée de LigaPro, quelques jours seulement après la reprise d’un championnat mis entre parenthèses par la Coupe du monde. Et cette fois, les deux voisins du port n’abordent pas le rendez-vous dans la même posture.
Deuxième avec 29 points, Barcelona SC reste le principal poursuivant d’un Independiente del Valle qui écrase la phase régulière (40 points, soit onze longueurs d’avance). Dans son dos, Aucas (29 points également), Liga de Quito et Deportivo Cuenca (27 points chacun) ne lâchent rien : chaque unité comptera pour aborder l’hexagonal final en position de force. Emelec, lui, patine dans le ventre mou avec 23 points, à trois longueurs de la zone de qualification pour ce fameux top 6. Le derby tombe donc au pire – ou au meilleur – moment : celui où tout peut basculer.
Car le club « électrique » revient de loin. Englué dans les profondeurs du classement en début de saison, Emelec a redressé la barre avant la trêve, avec notamment un succès 2-0 contre Macará porté par un doublé de Luca Klimowicz, puis une victoire face à Universidad Católica. La reprise a toutefois laissé un goût d’inachevé : un nul 1-1 sur la pelouse de Delfín, où seule l’égalisation d’Ángelo Mina au retour des vestiaires a sauvé les hommes de Cristian Nasuti d’une rechute. Le technicien argentin l’a reconnu lui-même : son équipe alterne encore le bon et le flou.
L’infirmerie complique en plus sa préparation. Aníbal Leguizamón, Juan Pablo Ruiz Gómez et Jaime Ayoví souffrent tous les trois de surcharges musculaires et restent incertains ; Nasuti attendra le dernier moment pour trancher, sans forcer les organismes. Reste la carte offensive Luca Klimowicz, meilleur buteur du club en championnat avec 4 réalisations, et l’expérience de Miller Bolaños, dernier héros bleu d’un clásico victorieux, auteur d’un doublé en juin 2023.
L’histoire récente, justement, penche nettement côté jaune. En 238 confrontations de championnat, Barcelona SC l’a emporté 78 fois, contre 72 succès d’Emelec et 88 nuls. Surtout, le « Bombillo » n’a plus remporté le derby depuis le 3 juin 2023 et n’a plus battu son rival au Capwell depuis octobre 2021, un soir marqué par un doublé de Joao Rojas... qui se présentera dimanche sous le maillot jaune. Un symbole cruel pour le peuple bleu, qui rêve de faire tomber près de cinq ans de malédiction à domicile.
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En face, Barcelona SC a repris sa marche en avant sans trembler. Pour le retour de la LigaPro, les protégés de César Farías ont dominé Deportivo Cuenca 2-0 au Monumental, grâce à un but contre son camp de Patricio Boolsen dès la 12ème minute, puis un penalty transformé par Jhonny Quiñónez. Une trêve mise à profit par le technicien vénézuélien, qui a remis son groupe au travail en double séance pour ne rien perdre du rythme accumulé avant le Mondial.
Le danger numéro un se nomme Darío Benedetto. L’ancien avant-centre de Boca Juniors, arrivé cet hiver avec des doutes plein la valise, a relancé sa carrière à Guayaquil : meilleur buteur des Canaris cette saison, c’est lui qui avait offert le premier clásico de 2026 aux siens, d’une reprise du gauche sur un centre de Luis Cano (1-0, le 7 mars au Monumental). Derrière lui, le gardien vénézuélien José David Contreras traverse une saison pleine et rassure toute une défense.
Reste l’inconnue physique. Après un mois sans compétition, les organismes se cherchent encore, et l’humidité étouffante de Guayaquil ne pardonne rien aux jambes lourdes. Ce genre de derby ne se gagne pas sur le papier : il faudra rentrer dans le match par les duels, gagner les deuxièmes ballons et faire taire – ou exulter – un Capwell chauffé à blanc. Face au bloc compact et agressif dessiné par Farías, Emelec devra aussi trouver des espaces entre les lignes pour lancer Klimowicz, sous peine de s’épuiser en vaines possessions.
Le calendrier ajoute son poids à la balance. À quelques journées de la fin de la première phase, Barcelona SC ne peut plus se permettre de laisser filer des points s’il veut verrouiller sa place dans le top 6 et rester dans la course au titre. Emelec, de son côté, sait qu’une victoire dans le clásico relancerait totalement sa saison : trois points le ramèneraient au contact immédiat de la zone de qualification, tout en réconciliant le vestiaire avec son public.
Sur la dynamique, la profondeur d’effectif et l’histoire récente du derby, Barcelona SC part avec un temps d’avance. Mais un Clásico del Astillero n’obéit jamais tout à fait à la logique, et le Capwell a le don de transcender les soirs de grande affluence. Le scénario le plus crédible ressemble à un match fermé, accroché, où l’« Ídolo » évite au minimum la défaite, avec les armes pour arracher une courte victoire. Emelec peut-il enfin briser la malédiction, ou Benedetto et les siens vont-ils encore peindre le port en jaune ?