L'analyse du match
Par Rémy · Publié le 18 juin 2026 à 09:36
Les Léopards au bout du rêve !
La dernière journée du Groupe K de la Coupe du Monde 2026 s’achève dans la nuit du 28 juin, à une heure trente heure de Paris, au Mercedes-Benz Stadium d’Atlanta. Le Congo DR y croise l’Ouzbékistan dans une poule qui comprend aussi le Portugal et la Colombie, sur un Mondial élargi à quarante-huit nations où les deux premiers de chaque groupe, plus les huit meilleurs troisièmes, décrochent leur billet pour les seizièmes de finale. Après deux journées, ce rendez-vous a tout du match couperet : pour les Léopards, gagner ici, c’est tenir la qualification au creux de la main.
Le tableau du groupe parle de lui-même. La Colombie mène avec trois points après son succès 3-1 sur l’Ouzbékistan, devançant le Congo DR et le Portugal, à égalité d’un point après leur 1-1 retentissant de la première journée. L’Ouzbékistan ferme la marche à zéro point, le dos au mur. Un scénario limpide se dessine donc : une victoire des hommes de Sébastien Desabre les enverrait quasi certainement au tour suivant, quand un revers rouvrirait tout, surtout que la course aux meilleurs troisièmes se jouera à quelques buts près. Les deux rencontres du groupe, ce Congo DR - Ouzbékistan à Atlanta et le Colombie - Portugal de Miami, se disputent à la même heure : pas de calculette possible en cours de match.
Le Congo DR vit un conte de fées. Cinquante-deux ans après son unique participation sous le maillot du Zaïre en 1974, la sélection a décroché son billet par le barrage inter-confédérations, puis a frappé un grand coup d’entrée : un 1-1 face au Portugal de Cristiano Ronaldo, premier point de l’histoire des Léopards en Coupe du Monde. Yoane Wissa avait surgi dans le temps additionnel de la première période pour répondre à João Neves, récompense d’un bloc discipliné et d’un courage de tous les instants. Voilà une équipe qui a montré qu’elle savait souffrir sans rompre.
Pour ce match, on imagine mal Desabre toucher à ce qui a fonctionné. Le sélectionneur français, en poste depuis août 2022, avait aligné un 3-5-2 face aux Portugais, avec Timothy Fayulu dans les buts, une charnière emmenée par le capitaine Chancel Mbemba, désormais le joueur le plus cappé de la sélection avec plus de cent dix sélections, et des pistons taillés pour le combat : Aaron Wan-Bissaka à droite, Arthur Masuaku à gauche. C’est un système qui colle à l’identité du groupe : densité axiale, lignes rapprochées, et l’ambition de piquer en transition dès la récupération. Devant, le duo Wissa - Cédric Bakambu apporte un mélange de percussion et d’expérience, l’attaquant de Newcastle restant l’élément le plus tranchant d’un effectif largement nourri par la diaspora.
Il faudra toutefois surveiller l’état de fraîcheur de Wissa, dont la saison anglaise a été hachée par un pépin au genou contracté après son arrivée à Newcastle : trois mois sans jouer en début d’exercice, et une régularité jamais vraiment retrouvée. Sur une pelouse de fin juin en Géorgie, sous une chaleur lourde et humide, la gestion des jambes sera un sujet : le bloc bas coûte cher en énergie, et les courses de rupture demandent des organismes frais pour faire la différence dans le dernier quart d’heure.
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En face, l’Ouzbékistan découvre le grand bain et n’a plus le choix. Les Loups Blancs, premiers Mondiaux de leur histoire après une qualification arrachée en juin 2025, sont tombés 3-1 d’entrée face à une Colombie plus tranchante, Abbosbek Fayzullaev ayant tout de même sauvé l’honneur. C’est dire l’ampleur de la tâche : il leur faut impérativement gagner, et largement, pour espérer se glisser parmi les meilleurs troisièmes. Une équipe obligée de sortir de sa zone de confort, c’est aussi une équipe qui peut se découvrir : voilà une nuance qui devrait ravir les transitions congolaises.
Le danger ouzbek a un nom, Eldor Shomurodov. Le capitaine, meilleur buteur de l’histoire de son pays avec quarante-quatre réalisations en quatre-vingt-douze sélections, sort d’une saison pleine en Turquie, co-meilleur buteur du championnat avec vingt-deux buts sous le maillot d’Istanbul Basaksehir. C’est l’homme à ne pas laisser respirer dans la surface. Derrière, l’Ouzbékistan s’appuie sur la sérénité d’Abdukodir Khusanov, défenseur central passé par Manchester City, dont l’expérience du haut niveau européen sera précieuse face aux appels de Wissa. La sélection, longtemps bâtie sur un 3-4-3 solide, est désormais dirigée par Fabio Cannavaro, champion du monde 2006, qui apporte sa lecture transalpine du placement défensif.
Tactiquement, l’affiche promet un vrai duel d’intentions. Deux blocs à trois centraux, deux équipes habituées à défendre bas et à frapper vite : la clé se trouvera dans l’entrejeu, sur les seconds ballons et les courses de récupération. Côté congolais, la jeunesse de Noah Sadiki devra tenir le choc au cœur du jeu pour libérer les transitions. Mais le contexte change la donne : c’est l’Ouzbékistan qui sera condamné à pousser, à monter ses pistons, à prendre des risques. Et c’est exactement le terrain de jeu que recherchent les Léopards, friands des espaces laissés dans le dos d’un adversaire obligé de se découvrir.
Les deux nations ne se sont jamais affrontées à ce niveau, ce qui ajoute une part d’inconnu à ce face-à-face entre l’Afrique et l’Asie centrale. Le Congo DR aborde le rendez-vous avec l’élan d’une qualification à portée de main et la confiance née du point pris au Portugal ; l’Ouzbékistan, lui, joue sa survie sans rien à perdre, ce qui rend toujours un adversaire dangereux.
Reste la grande question de cette troisième journée : la solidité et la vitesse des Léopards suffiront-elles à écrire une page inédite de leur histoire, ou Shomurodov fera-t-il basculer le destin d’un Ouzbékistan acculé ?
M6