L'analyse du match
Par Rémy · Publié le 27 juin 2026 à 10:52
La Mannschaft face au mur paraguayen ?
Il y a des seizièmes de finale qui ressemblent à des chausse-trappes, et celui-là en a tout le parfum. Le lundi 29 juin, au Gillette Stadium de la région de Boston, l’Allemagne retrouve le Paraguay à 22h30 heure de Paris pour son entrée dans le grand bain de l’élimination directe de cette Coupe du Monde 2026. D’un côté une nation quadruple championne du monde, installée dans le costume de favorite ; de l’autre une Albirroja rugueuse, accrocheuse, taillée pour faire dérailler les plans des grands. Le genre d’affiche où le statut ne préserve de rien.
Pour comprendre l’humeur du camp allemand, il faut revenir sur sa phase de poules. Première du Groupe E grâce à deux succès initiaux, la Mannschaft a vécu une fin de premier tour contrariée : mené dès la deuxième minute sur une frappe de Leroy Sané, l’Allemagne s’est finalement inclinée 2-1 face à l’Équateur lors d’une dernière journée déjà sans enjeu comptable. Une contrariété davantage qu’une alerte, mais de quoi rappeler aux hommes de Julian Nagelsmann qu’un relâchement se paie cash. Surtout pour une sélection qui traîne encore le souvenir cuisant de deux éliminations dès le premier tour, en 2018 et 2022.
Le schéma de référence demeure ce 4-2-3-1 patiemment huilé autour de Joshua Kimmich, capitaine repositionné au poste de latéral droit mais toujours véritable chef d’orchestre du jeu allemand. Devant la double sentinelle, la création est confiée à deux meneurs au talent rare, Jamal Musiala et Florian Wirtz, chargés de trouver les failles dans les blocs les plus compacts. À la pointe, Kai Havertz s’est réinstallé en référence offensive après avoir lancé la machine dès le premier match, et la profondeur de banc, illustrée par un Deniz Undav décisif en sortie, donne à Nagelsmann un luxe que peu de sélectionneurs possèdent.
Un bémol toutefois, et il n’est pas mince. L’Allemagne devra composer en charnière sans Nico Schlotterbeck, dont la blessure prive le secteur défensif d’un point de repère : voilà le type d’ajustement qui se sent sur les phases arrêtées et dans la gestion des transitions. Et puis il y a le cas Musiala, revenu d’une grave blessure : présent, oui, mais Nagelsmann lui-même concède que même « à quatre-vingt-quinze pour cent » son joueur reste un argument majeur. Reste à voir ce que ses jambes diront dans le dernier quart d’heure, quand un match à élimination directe se durcit et que la fraîcheur fait la différence.
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En face, il serait imprudent de regarder le Paraguay de haut. La sélection de Gustavo Alfaro s’est qualifiée parmi les huit meilleurs troisièmes au terme d’un Groupe D exigeant, avec quatre points au compteur : une lourde défaite inaugurale 4-1 contre les États-Unis, une victoire précieuse 1-0 face à la Turquie, puis un 0-0 verrouillé contre l’Australie pour valider le billet. Un parcours en dents de scie sur le papier, mais qui dit l’essentiel : cette Albirroja sait souffrir, encaisser et tenir un résultat.
Car c’est bien là l’identité rendue au Paraguay par Alfaro : une équipe compacte, difficile à manier, organisée dans un 4-4-2 prudent qui ferme les espaces et vit pour les seconds ballons. Une formation sud-américaine fidèle à ce qui a longtemps fait sa réputation, du temps où personne n’aimait croiser la route du Paraguay en phase finale. Le bloc s’appuie sur un axe expérimenté emmené par le capitaine Gustavo Gómez, épaulé par Fabián Balbuena, devant le gardien Roberto Fernández. Sur coups de pied arrêtés, cette défense devient même une arme offensive : un détail qui peut peser face à une charnière allemande remaniée.
Devant, le danger ne manque pas. Le jeune Diego Gómez, passé par Brighton, incarne l’avenir au milieu et apporte l’abattage nécessaire pour contester à l’Allemagne son temps fort. Plus haut, Antonio Sanabria et le polyvalent Julio Enciso, capable d’éclairs sur l’aile comme dans l’axe, sont les profils susceptibles de punir sur une transition rapide. Il faut en revanche écarter une fausse piste : Miguel Almirón, exclu sur carton rouge direct face à la Turquie, est suspendu pour ce rendez-vous, une absence qui ampute l’animation offensive paraguayenne d’un de ses cadres.
Le scénario le plus probable se dessine assez clairement. Le Paraguay devrait s’installer dans un bloc bas, abandonner volontiers le ballon à une Allemagne contrainte de proposer, et guetter la moindre brèche pour piquer en contre ou sur un corner bien senti. Aux Allemands, donc, de faire le jeu, de bouger ce mur patiemment, sans s’énerver ni se découvrir bêtement. C’est tout l’enjeu d’un favori : trouver la patience d’attendre la faille sans offrir le contre qui changerait tout.
Et puis il y a la donnée propre à l’élimination directe : en cas de match nul au bout des quatre-vingt-dix minutes, place aux prolongations, puis éventuellement à la séance de tirs au but. Une perspective qui n’est jamais pour déplaire à une équipe accrocheuse comme le Paraguay, dont tout le projet consiste à emmener l’adversaire le plus loin possible dans l’usure et le doute. Pour la Mannschaft, l’idéal serait de plier l’affaire dans le temps réglementaire et d’éviter la loterie du suspense, terrain où le favori a tout à perdre.
Sur le papier, la différence de niveau, de profondeur d’effectif et de talent individuel penche nettement du côté allemand. Mais un Mondial se joue aussi sur la capacité à ne pas tomber dans le piège tendu : rentrer dans le match par les duels, ne pas lâcher le ballon trop tôt, fermer les couloirs dans le dos des latéraux. Si les hommes de Nagelsmann respectent ce triptyque et gardent leur sang-froid, leur supériorité technique devrait finir par parler. Reste la question qui flotte au-dessus de Boston : la jeunesse dorée allemande aura-t-elle la patience et le tranchant pour faire sauter le verrou d’un Paraguay venu pour ne rien lâcher ?