L'analyse du match
Le piège grec pour Klopp ?
Par Rémy · Publié le
Deux mois et demi après l’un des plus gros accidents de son histoire en Coupe du monde, l’Allemagne retrouve son public dimanche soir (20h45) à la WWK Arena d’Augsbourg. Au programme, la Grèce, pour la 2e journée du groupe A2 de la Ligue des Nations, une poule qui réunit aussi les Pays-Bas et la Serbie. Le format ne pardonne pas : les deux premiers disputeront les quarts de finale, le dernier redescendra en Ligue B. Et après un premier soir mitigé à Amsterdam, la Mannschaft n’a pas vraiment le droit de laisser filer des points à domicile face à l’invité surprise de cette Ligue A.
Car la Grèce se présente en Bavière dans la peau du leader. Pour leur toute première campagne dans l’élite de la compétition, après deux montées successives, les hommes d’Ivan Jovanović ont frappé fort jeudi à Belgrade. Menés dès la 4e minute sur une réalisation d’Andrija Živković, les Grecs ont longtemps poussé, trouvé les montants et buté sur Vanja Milinković-Savić, avant que Christos Tzolis n’égalise dans le dernier quart d’heure. Le coup de grâce est tombé dans le temps additionnel : une tête d’Anastasios Douvikas sur un centre de Kostas Tsimikas, dans les ultimes instants, pour un succès 2-1 qui place la Grèce seule en tête avec 3 points, deux longueurs devant l’Allemagne et les Pays-Bas.
Cette victoire a le goût d’une revanche pour une sélection qui a regardé le Mondial de loin. Troisième de son groupe de qualification derrière l’Écosse et le Danemark, avec 7 points en 6 matchs, la Grèce n’avait même pas décroché de place en barrages. Jovanović a donc remis l’ouvrage sur le métier, en misant sur un bloc compact et des transitions rapides, et sur une génération qui monte : Konstantinos Karetsas, Christos Mouzakitis ou Charalampos Kostoulas côtoient désormais Konstantinos Mavropanos, Konstantinos Koulierakis ou l’attaquant de Benfica Vangelis Pavlidis. Le sélectionneur doit toutefois composer sans Lazaros Rota, Dimitris Giannoulis et Giannis Konstantelias, tous trois blessés, tandis que l’ancien capitaine Tasos Bakasetas n’a pas été retenu.
En face, l’Allemagne vit une rentrée très particulière. Au Mondial nord-américain, les Allemands avaient pourtant bien lancé leur été : 7-1 contre Curaçao, puis 2-1 face à la Côte d’Ivoire, avant un revers contre l’Équateur qui ne les a pas empêchés de terminer en tête du groupe E. Le couperet est tombé dès les seizièmes de finale, à Boston : 1-1 face au Paraguay, Kai Havertz répondant à Julio Enciso, puis une élimination aux tirs au but (4-3) avec les échecs de Havertz, Nick Woltemade et Jonathan Tah. Quatre jours plus tard, Julian Nagelsmann quittait ses fonctions.
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Le DFB a alors frappé un grand coup en confiant les clés à Jürgen Klopp, engagé jusqu’en 2030 et officiellement en poste depuis la mi-août. L’ancien entraîneur de Dortmund et de Liverpool a surpris tout le monde en convoquant 44 joueurs répartis en deux blocs pour les quatre matchs de septembre et d’octobre, avec de nombreux joueurs encore jamais sélectionnés. Sa première, jeudi à Amsterdam, a longtemps ressemblé à une réussite : Felix Nmecha a ouvert le score à la 32e minute et les Allemands ont tenu jusqu’au bout du temps additionnel, avant que Cody Gakpo ne vienne arracher le 1-1 à la 90e+2. Un nul frustrant, d’autant que certains observateurs ont souligné que la Mannschaft avait souvent subi dans le contenu.
Surtout, cette soirée néerlandaise a coûté cher. Jamal Musiala, prévu dans le onze de départ, s’est blessé à l’échauffement, et Kai Havertz a dû sortir après une demi-heure de jeu, victime lui aussi d’un problème musculaire. Les deux joueurs ont passé des examens et Klopp a lui-même estimé qu’ils étaient « probablement out » pour la réception de la Grèce. Deux absences majeures, puisque le Bavarois et le Gunner comptent parmi les principaux créateurs et finisseurs de cette équipe. Pour compenser, le sélectionneur envisage d’avancer l’arrivée de Jonathan Burkardt et de Nick Woltemade, initialement prévus dans le second groupe. Il pourra en revanche s’appuyer sur Joshua Kimmich, Nico Schlotterbeck, Jonathan Tah, Nathaniel Brown ou Karim Adeyemi, alignés d’entrée aux Pays-Bas, et sur Philipp Treu, qui y a fêté sa première sélection.
L’historique, lui, plaide largement pour les locaux. La Grèce n’a jamais battu l’Allemagne. Le souvenir le plus marquant reste le quart de finale de l’Euro 2012 à Gdansk, remporté 4-2 par les Allemands, et le dernier face-à-face, en amical en juin 2024 à la veille de l’Euro, s’était conclu sur un succès allemand 2-1, arraché en fin de match. Mais ces précédents remontent à une autre époque, et cette Grèce-là a montré à Belgrade qu’elle savait souffrir sans rompre.
Tactiquement, le scénario semble écrit d’avance : une Allemagne qui aura le ballon, un pressing haut voulu par Klopp, et une Grèce organisée en bloc médian, prête à jaillir en contre avec Tzolis, Karetsas et Pavlidis. Toute la question est de savoir si les Allemands, privés de leurs deux joueurs les plus inspirés dans les trente derniers mètres, trouveront les solutions face à un adversaire qui aime fermer les espaces. À Amsterdam, l’équipe a montré une vraie générosité, mais aussi une difficulté à tuer le match. Le public d’Augsbourg attend aussi de voir comment le nouveau sélectionneur gère l’enchaînement à trois jours d’intervalle.
Les bookmakers, eux, ne doutent guère. La victoire allemande se négocie aux alentours de 1.35, le match nul autour de 4.75 et un succès grec à environ 6.40. Sur le papier, l’écart de niveau, l’avantage du terrain et un historique jamais démenti poussent vers les locaux, même amputés de Musiala et de Havertz. Le pronostic va donc vers une victoire de l’Allemagne, autour de 1.35. La cote reste modeste et la Grèce a prouvé jeudi qu’elle pouvait punir la moindre baisse de régime : dans un match où les Allemands risquent de manquer de tranchant, un scénario serré avec peu de buts n’aurait rien d’étonnant, et aucun résultat n’est jamais acquis d’avance.
Le calendrier ne laissera pas souffler les deux sélections. L’Allemagne affrontera la Serbie le 1er octobre avant de retrouver la Grèce dès le 4 octobre, avec cette fois le second bloc de joueurs convoqués par Klopp. Les Grecs, eux, auront l’occasion de mesurer d’ici là si leur exploit de Belgrade était un simple coup d’éclat. Dans une poule où chaque point comptera pour les deux places qualificatives, ce premier duel d’Augsbourg pèsera lourd. Klopp peut-il offrir à son public une première victoire, ou la Grèce va-t-elle signer l’exploit que son histoire attend toujours ?
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